La saison estivale est propice au repos, aux vacances et parfois aux escapades. J’ai eu l’occasion de me rendre il y a quelques jours à Jersey. Rassurez-vous, pas de business, une simple escapade touristique. Ainsi donc, j’ai séjourné dans un paradis fiscal localisé à quelques kilomètres des côtes françaises. Les activités financières y représentent 60% du PIB de l’île, employant 12 000 salariés sur une population de 100 000 habitants. A Dubaï ou à Singapour, la finance serait plus visible, un peu ostentatoire, « bling bling » dirait-on aujourd’hui. A Jersey, tout est dans la discrétion. Toutefois, pour un esprit averti, on repèrera quelques signes qui ne trompent pas. A l’embarquement à Saint-Malo, le ferry que nous allons emprunter est immatriculé à Nassau. Nassau ? la capitale des Bahamas… tiens, tiens. Il n’y mettra sans doute jamais la coque ! A nos côtés sur le parking, une magnifique Ferrari rouge…. Petite balade à pied dans Saint-Hélier, la capitale, on y croise des gens ordinaires, aussi des gens cravatés et costumés en sombre, l’air sérieux, la finance c’est très sérieux. Passage devant une vitrine moderne, une enseigne « Walkers ». Qu’y fait-on ? Finance, fonds d’investissements, trusts et puis des agences implantées aux Bermudes, aux Iles Vierges Britanniques, aux Iles Cayman ou encore Hong-Kong. Jersey, dépendance de la Couronne britannique depuis le 13ème siècle, leur monnaie est la livre « jersiaise », à l’effigie de la Reine Elizabeth II qui est leur chef d’état. Située à 1h15 d’avion de l’aéroport de la City de Londres, le quartier d’affaires, lui-même situé à 25 minutes de voiture. Oui au cœur de la plus grande capitale européenne. Un journal local titrait cette semaine-là « L’immobilier à Jersey aussi cher que celui de Londres ». Prix moyen d’une maison : 600 000 euros. La finance offshore profite-t-elle à tous ? La réponse est non. Les salariés subissent un prélèvement à la source de 20%, Jersey connait un déficit public. Les responsables de la finance à Jersey ne se reconnaissent pas comme un « paradis fiscal », l’expression les hérisse au plus haut point. Ils se présentent comme un « centre financier offshore international », c’est beaucoup plus classe ! Et pour la France et l’Union européenne, Jersey ne figure sur aucune liste noire des paradis fiscaux mondiaux et donc la vie est belle, le business continue. Nous sommes nombreux à ne pas lâcher l’affaire, dans l’intérêt général et pour l’avenir des humains. En attendant, bonne rentrée à tous !
Chronique
Vacances au paradis
La chronique d'Eric Bocquet - Vendredi 24 août 2018
Publié le 24 août 2018
Imprimer cet article
Dernière vidéo
#QAG Mesures pour faire face aux crises climatiques - Séance du 24 juin 2026
En savoir plus
Lors des Questions au Gouvernement, la sénatrice Céline Brulin est revenue sur la forte diminution du Fonds vert et le manque de moyens qui empêchent les communes d’agir comme elles le souhaiteraient alors que les vagues de chaleur se succèdent.
Voici son discours
"Dans cette vague de chaleur exceptionnelle, les maires sont en première ligne, souvent seuls, par exemple pour décider de fermer ou non leur école.
Qui admettre prioritairement quand une seule classe est tempérée ? Comment organiser un accueil minimal ? Que dire aux parents qui vivent dans de petits logements où il fait plus chaud qu’à l’école ?
Cette canicule n’est pas une surprise, les scientifiques alertent depuis des décennies. Dès la fin mai, nous avons subi un épisode inquiétant.
En 2022, le président Macron appelait à ce qu’on lance la rénovation de nos écoles. « On », ce sont les collectivités. Mais quand le Fonds vert passe de 2,5 milliards à 650 millions d’euros en trois ans, difficile de végétaliser des cours ou d’isoler des bâtiments... Rénovations comme constructions ne sont subventionnées qu’à 20 %, tout au plus 30 %. Les restes à charge sont insoutenables, alors que DETR, DSIL et Fonds vert cumulés ont fondu de moitié.
Face aux canicules, nous avons pourtant besoin de plus de services publics : piscines ouvertes, activités adaptées, parcs sécurisés, une eau moins chère - voire gratuite, en cas d’épisode extrême. Allez-vous enfin entendre que les collectivités ont besoin de moyens ?
Nous savons tous que, des vagues de chaleur, il y en aura d’autres. Or le Fonds vert a été divisé par trois ! Le Gouvernement n’a qu’une chose à annoncer aujourd’hui : le rétablissement de ces crédits plutôt que de faire l’inventaire des missions budgétaires et de nous expliquer comment installer un panneau solaire."
Lire la suite
Replier